L’insupportable légèreté de l’État-Providence

DEPUIS MURCIE – PAR AUTONOM@S MURCIA

 Dans l’État espagnol, les vagues successives de développementisme ont rendu possible la formation d’un lien tellement intense entre les réalités de l’État et du capital qu’il nous est impossible de les reconnaître comme des entités distinctes. La perception de cette fusion, de cette alchimie du pouvoir, s’est intensifiée, autant qu’il se peut, jusqu’à l’éclatement de la crise.

L’État s’est converti en une machine à travers laquelle le capital acquiert la porosité nécessaire pour se reproduire socialement et pour réaliser ses intérêts spécifiques. Il a été chargé de construire, organiser et administrer la totalité de l’espace social dominant par lequel circule le capital, depuis les territoires dédiés à l’activité industrielle, jusqu’aux fréquences d’émission, routes aériennes et terrestres ou lignes à haute tension approvisionnant les métropoles.

À travers l’État, le capital a acquis la capillarité sociale nécessaire pour pénétrer les plis de la réalité sociale, soumettant tout l’imaginaire collectif à la logique de la valeur et à la violence structurelle de l’argent. Le capital n’est pas une structure abstraite, ni une somme de machines ou d’objets matériels en circulation. C’est avant tout une relation, une relation de production en même temps qu’une relation biologique de domination où la concurrence entre individus apparaît comme unique horizon civilisateur et où l’accroissement illimité représente l’unique critère de progrès. C’est uniquement à travers l’État que le projet de domination capitaliste acquiert sa légitimité et prend l’apparence de l’administration. L’État est l’unique structure de compensation qui ait la capacité de relier tant les classes moyennes que les différentes strates sociales qui errent à la recherche d’une identification de type démocratique et non classiste, après la désintégration de la dernière classe universelle, la classe ouvrière. Grâce aux rituels de catharsis démocratique, la « croyance » en l’État se renouvelle collectivement. Par ces rituels, l’État s’approprie la société elle-même et les individus se reconnaissent en « l’action » de l’État, améliorant son acceptation dans la mesure où les anciennes médiations sociales se décomposent et disparaissent : famille, classe, quartier, valeurs, idéologie.

L’économie comme aire du « non politique » a eu besoin de la politique de l’État pour séquencer les temps d’extraction de plus-value entre les salariés et pour réglementer l’ouverture de nouvelles niches de marché pour le capital. N’importe quelle dynamique urbanistique, technologique ou politique de l’État doit être considérée comme une réaction d’ajustement, syntonie psychique ou synchronisation avec le modèle productif dominant, avec le projet totalitaire du Capital, qui a cherché invariablement la substitution du travail vivant par des prothèses technologiques ainsi que la transformation de l’ancienne classe ouvrière en masse citoyenne. La tendance pure du Capital consiste à supprimer le travail humain dans la mesure du possible, à rendre le temps de travail quantitativement insignifiant par rapport aux systèmes de production automatique.
La classe politique, en tant que représentation légitime de l’État, en tant que classe propriétaire de l’État, constitue cette strate post-bourgeoise qui rend possible la capillarisation des intérêts de la banque, du patronat et des multinationales au sein de l’État. La classe politique contemporaine représente le liquide d’un système de vases communicants qui se répand des compartiments du capital privé (Telefonica, Repsol, FMI…) aux réceptacles de l’État et vice versa, selon que le scénario politique soit plus ou moins favorable à la transfusion de capital public vers les artères du système de circulation du capital privé.
S’il est impossible pour le capital de vivre sans l’État et pour l’État de survivre sans une classe politique, la classe politique représente nécessairement cette fraction parasite qui permet la matérialisation des intérêts du capital au sein de l’État.

Ces dernières années, le caractère invasif de la finance a colonisé la totalité de l’espace économique, dotant le capital d’une indépendance relative par rapport aux intérêts de l’État. La réduction du temps de mobilité de l’argent à pratiquement zéro a libéré le capital financier d’un quelconque type de restriction liée aux territoires par lesquels il circule ou liée au contrôle économique des gouvernements nationaux.
L’épuisement de la logique industrielle comme forme d’accumulation du Capital en Occident a conduit la classe des entrepreneurs vers une vocation spéculative toujours plus prononcée, leur permettant d’obtenir des plus-values croissantes des investissements sur les marchés financiers ou immobiliers, au lieu de les extraire directement du monde du travail ou du processus productif. Le capitalisme financier agissant comme un dispositif pathogène, parasite des formes réelles de production, provoque un effondrement du salaire au niveau mondial et l’expansion d’un marché du travail sans garanties dans lequel la précarité semble être une norme générale de subjectivité sociale.

Le capital financier ou impatient, concentré sur la recherche obsessive de profit à court terme, a généré une large vague d’instabilité qui s’est révélée être temporellement incompatible avec la formulation de politiques étatiques permettant de gérer durablement l’extraction de la plus-value sociale. Quand cette incompatibilité est devenue impossible à assumer pour les deux parties, on a commencé à parler de crise. La crise ne représente pas un problème pour le capital mais apparaît comme une solution nécessaire pour réinitier le cycle d’accumulation suite à la situation de stagnation économique généralisée. La militarisation d’Internet, les brevets biotechnologiques, la propriété intellectuelle, la privatisation des services publics ou l’exploitation de la paranoïa sécuritaire semblent être les nouvelles niches de marché par lesquelles le capital espère récupérer ses taux de profit.

D’un autre côté, la crise suppose aussi une opportunité pour l’État puisqu’elle permet de compléter son processus de transformation vers l’État total, un État de nécessité fortement demandé par les citoyens pour que les droits-prestations du modèle de l’État-Providence soient maintenus, ou pour qu’ils soient au moins compensés par la création de droits-services low-cost ou par une allocation de base qui permette à peine de mener une existence misérable.
En temps de crise, l’unique processus de délégitimation de l’État est celui qui correspond à sa dissolution, comme État-nation, soutien du maigre modèle d’État-Providence. Les citoyens en appellent à l’État pour qu’il reproduise les relations sociales, parce qu’il est l’unique point fixe dans un monde en convulsion permanente. Ils ne cherchent pas à récupérer une hégémonie de classe mais à consolider l’hégémonie de l’État.
La crise doit être abordée tant comme un phénomène endogène au capital, indispensable pour sa revitalisation, que comme une rupture avec l’État-Providence et avec le compromis de pacification sociale qu’il représentait.

Dans l’État espagnol, le cycle développementiste antérieur à la crise a été fortement lié aux dynamiques d’expansion urbanistique et à la spéculation immobilière qui y a été associée. L’État n’a pas été un simple spectateur de ce cycle mais a fonctionné comme axe de concertation entre le marché financier, la métastase urbanistique et la spécialisation du modèle productif vers les secteurs hautement territorialisés comme la construction, le tourisme et les services de consommation.
L’intervention de l’État à travers les lois, décrets et réformes, a été décisif pour consolider les dynamiques capitalistes d’extorsion et d’extraction de valeur sur le territoire hispanique. La responsabilité de l’État dans la gestation de la crise en cours est un fait indéniable qui mérite la peine d’être analysé :

– L’accroissement particulier et l’éclatement postérieur de la bulle immobilière ne se comprend pas sans l’approbation de la loi sur le sol de 1998, connue aussi comme « loi du tout urbanisable ».
Cette loi a assoupli le système des démarches pour l’obtention de permis de constuire et a rendu possible la participation des promoteurs privés dans l’aménagement urbain du territoire. La logique utilisée par la classe politique pour faire en sorte que cette loi soit socialement assimilable, s’est basée sur les schémas idéologiques traditionnels du libre marché : l’accroissement massif de l’offre de terrains urbanisables a permis la construction d’un plus grand nombre d’habitations à des prix plus adaptés.
L’irrationalité de l’économie a démontré la fausseté des principes de libre marché appliqués au logement. Il n’est possible d’étendre un marché immobilier que dans un contexte général de prix à la hausse, c’est-à-dire un contexte de tension spéculative qui stimule la masse salariée pour qu’elle acquière des biens immobiliers, en les considérant comme un bien d’investissement avec une valeur d’échange et non comme un bien avec une valeur d’usage.
La loi sur le sol fut le levier permettant ce contexte d’augmentation générale du prix du logement et qui alimentant la croissance d’une bulle immobilière, qui était condamnée à exploser par l’incapacité du marché à absorber l’énorme offre d’habitations construites disponibles.
Quand les prix du logement sont devenus impossibles et que les conditions hypothécaires sont devenues absolument abusives, la demande s’est effondrée, les prix ont chuté et l’ombre de l’impayé hypothécaire s’est projetée sur tout le système financier générant le crash immobilier de 2007. La crise de surproduction urbanistique a généré un excédent de marchandises-logements qui ne trouvent pas de débouchés sur le marché et qui s’accumulent sans être utilisées.
Avec le dégonflement de la bulle immobilière, s’est aussi dégonflée l’idéologie d’un bonheur qui avait maintenu la masse salariée dans cet état d’aliénation financière transitoire et qui l’a repositionnée sociologiquement sur le terrain des classes moyennes, sur le terrain de la société de propriétaires. C’est aussi le début de la récession pour des milliers de micro-capitalistes aventuriers qui cherchaient à augmenter leur taux de profit par la rente et la spéculation immobilière face à l’impossibilité de le faire par le travail salarié.

– Dans l’État espagnol, les réformes successives de la loi hypothécaire ont été orientées vers l’expansion et la démocratisation du processus de financiarisation, impliquant toutes les strates sociales, même les plus fragiles, dans cette expérience de capitalisme de masses qui a subsumé la vie des prolétaires à la logique financière des rendements futurs. Avec la simplification des démarches pour l’obtention de crédits hypothécaires, les entités bancaires ont permis que le droit à l’habitat se matérialise comme une réalité à la portée de toutes les strates sociales. Une réalité pervertie ou une perversion de la réalité qui a obligé de larges couches de population à assumer des niveaux d’endettement auprès des banques bien au-dessus de leur rentes annuelles et qui les a condamnées à une vie d’esclavage salarié comme unique chemin pour se libérer de l’hypothèque à perpétuité.

D’un autre côté, la réforme de la loi hypothécaire a supposé l’incorporation « de facto » des entités bancaires dans le bloc hégémonique de la domination. Le transfert de pouvoir étatique aux entités bancaires a élargi leur rang d’intervention et les a dotées de nouvelles responsabilités punitives-répressives qui sont devenues effectives avec l’autorisation de milliers de saisies hypothécaires et d’expulsions pour impayé. Les banques, en tant qu’avant-garde du programme de dépossession et d’exclusion sociale qui se développe durant la crise, ont jeté à la rue entre 400 000 et 500 000 familles jusqu’à aujourd’hui et sont responsables directement ou indirectement de plus d’une dizaine de suicides associés au processus d’expulsions pour impayé.

– Les politiques espagnoles du logement ont suivi un itinéraire en continuité avec les politiques franquistes des années 1950, basées sur l’acquisition d’une habitation en propriété. Historiquement, la société espagnole a été éduquée dans une subjectivité délirante liée à la propriété privée immobilière ou terrienne. La vieille phrase du premier ministre du logement franquiste de 1956 résume parfaitement l’esprit des temps actuels : « Nous voulons un pays de propriétaires, pas de prolétaires ». Dans l’imaginaire collectif espagnol, le concept de logements en propriété a été traditionnellement associé à l’idée de déprolétarisation et a matérialisé parmi la masse salariée le désir d’inclusion et d’appartenance sociale aux classes moyennes. Les interventions successives de l’État en matière de logement depuis les années 1980, avec le décret Boyer en tête, ont supposé la liquidation totale du parc public de logements, la dérégulation progressive de la location, et la marginalisation de la construction de logements sociaux.

– Les politiques étatiques d’investissement dans les travaux publics et les infrastructures de transport ont été essentielles pour la transformation des villes et de territoires en capital immobilier durant le cycle développementiste. La construction de routes à haute capacité, d’aéroports, de grands ports et de voies ferrées à haute vitesse ont développé une importante fonction motrice dans la valorisation du territoire, favorisant la hausse des prix et la spéculation immobilière dans les zones proches de ces infrastructures. Les infrastructures de transport ont constitué une partie fondamentale du système circulatoire complexe du Capital et ont permis la circulation accélérée de marchandises, main-d’oeuvre bon marché, hordes de touristes ou classe dirigeante hyperactive, transformant les plans de mobilité pour ceux d’une économie tertiarisée et historiquement condamnée à la faillite.
Le Plan stratégique d’infrastructures et de transport de 2005 a été décisif dans la voie de la consolidation d’une géographie par et pour le capital, basée sur le suréquipement en autoroutes et en lignes de TGV. Les objectifs de l’État en matière de mobilité ont été de mettre 90 % de la population à moins de 40 km de voies à grande vitesse. Sur une période de dix ans, la capacité des aéroports principaux a doublé et le territoire s’est couvert d’aéroports secondaires et de tronçons plus ou moins longs d’autoroutes payants et de lignes de TGV.

Le schéma idéologique dominant s’est basé sur l’équation « plus de mobilité, plus de progrès », répandant parmi la masse salariée quelque préjugé culturel préoccupants, tel que l’accessibilité qui serait forcément positive ou l’isotropie, concrétisée en un « tout doit être à la portée de tous ». Le syndrome d’isolement des villages et villes périphériques a été approuvé comme outil de consensus social pour la construction massive d’infrastructures à grande vitesse. Malgré l’énorme trou budgétaire associé au culte des infrastructures, l’État espagnol a la prétention d’avoir le territoire le plus doté en autoroutes, voies rapides et TGV après les États-Unis ou la Chine.

– L’organisation du territoire en Communautés autonomes à partir de 1978 a facilité le transfert progressif des diverses compétences de l’État aux gouvernements régionaux et aux municipalités pour ce qui touche à des thèmes comme l’urbanisme, l’environnement, les infrastructures, etc. Cela a permis que l’économie des Communautés autonomes et des municipalités se fortifie durant le cycle développementiste autour des investissements associés aux valeurs immobilières, permis de construire, recettes fiscales, opérations d’achat-vente ou cession du sol public à la mafia immobilière.
Les plans généraux d’aménagement urbain, redessinés dans les bureaux du patronat de la construction, ont été systématiquement approuvés par la classe politique locale et régionale, générant un entrelacs de corruption dans d’énormes proportions.
Petit à petit, villes et régions se sont converties en vrais moteurs de croissance et de promotion locale, établissant une féroce concurrence interrégionale pour l’attraction des investissements publics et privés. Les gouvernements locaux se sont trouvés attirés par les typiques spirales d’investissement-endettement-investissement, en une compétition effrénée avec les autres localités par la concentration insoutenable d’équipement urbain, la gentrification des centres historiques ou le développement d’infrastructures pharaoniques (aéroports, centres sportifs, bâtiments emblématiques, parcs de loisirs, terrains de golf, casinos…). Le naufrage du cycle immobilier a rendu manifeste que le problème de nombreuses villes et municipalités n’est pas seulement dû à la gestion de la crise fiscale générée suite à l’euphorie développementiste, mais aussi à un sauvetage des faillites techniques de leurs économies qui doit être obligatoirement assumé par l’État. Le sauvetage étatique des Communautés autonomes endettées oblige ces régions à externaliser leur dette et leurs problèmes de solvabilité vers la masse salariée à travers des politiques sévères de coupes à l’égard des droits sociaux, de hausses d’impôts, de privatisation des services ou la vente de bâtiments emblématiques.

– Les réformes du travail successives de ces trente dernières années, et spécialement celle approuvée en 2012, ont eu comme double objectif la flexibilisation du travail et la destruction des liens historiques de sociabilité ouvrière. La réforme du travail de 2012 a autant favorisé la flexibilité externe destinée à faciliter le licenciement et à le rendre moins coûteux, que la flexibilité interne des centres de travail, avec la possibilité pour le patronat de modifier les conditions de travail de manière unilatérale en leur permettant de se dégager à volonté des conventions collectives. De plus les licenciements collectifs sont facilités, ce qui permet aux entreprises de licencier librement les travailleurs si leur volume de bénéfices diminue ou s’il y a des prévisions de pertes par rapport aux revenus de l’année antérieure.
Avec la réforme, tout le pouvoir est passé aux mains des patrons, leur donnant toute légitimité pour fixer arbitrairement les modes de prestation du travail, augmenter sans restriction la journée de travail, modifier les équipes, ou présenter sans préavis les plans de restructuration. Le capital apparaît comme l’unique arbitre dans la vie sociale, par sa liberté de réorganiser la totalité du temps et la vie des exploités.
La dernière réforme du travail a fractionné les relations de classe à un tel point que le patronat ne paie plus pour la disponibilité d’un travailleur à être exploité durant une longue période, mais que celui-ci est rétribué seulement pour sa prestation ponctuelle, occasionnelle, temporelle. Cette manœuvre disciplinaire s’est traduite par le déploiement d’un éventail de contrats à durée déterminée et par des baisses de la durée d’allocations-chômage comme méthode mesquine pour encourager la recherche d’emploi, et a produit l’acceptation de n’importe quel type d’emploi dans les conditions propres à l’esclavagisme contemporain.

– Le tsunami des privatisations est venu dévaster le tissu productif de l’État espagnol depuis le milieu des années 1980, atteignant une intensité particulière au milieu des années 1990. Les arguments utilisés par la classe politique en faveur de la privatisation, tant dans sa version sociale-démocrate que dans sa version conservatrice, ont été pure idéologie. Ils se sont basés sur la répétition systématique des mantras néolibéraux venus de l’Europe anglo-saxonne. Les privatisations étaient considérées comme le meilleur remède pour assainir les finances publiques, améliorer la compétitivité sur le marché, améliorer l’efficacité des process, etc.
Dans certains cas, l’État a parié directement sur la dénationalisation ou sur le transfert intégral des entreprises publiques vers le privé. En d’autres cas, c’est l’option de la dérégulation qui s’est imposée, avec l’introduction de critères de gestion privée dans les entreprises publiques ou la cession de certaines de leurs activités à des agents privés.
Les premières privatisations ont eu comme objectif les « entreprises stratégiques » liées à la mine, à l’industrie lourde, à l’aluminium, à l’automobile, au carburant et à une partie du secteur des communications (Telefonica) et à l’électricité (ENDESA). Dans la seconde vague de privatisations des années 1990, l’État a laissé aux mains du capital privé des entreprises de service public comme l’eau, l’électricité, le gaz naturel, le réseau électrique, les transports aériens ou les télécommunications.
Suite à l’éclatement de la crise, l’État a initié une troisième vague de privatisations marchandisant les derniers fragments du capital immatériel ou intangible qui restait sous sa tutelle, les sphères « gratuites » du secteur public qui lient encore l’État à un modèle rachitique de Providence : l’éducation, la santé, l’assistance sociale, les retraites et les institutions publiques comme les universités et les laboratoires de recherche, les maisons de retraite, les prisons et même les cimetières.

La marchandisation, en tant que mécanisme de conversion de biens ou de services publics en marchandises, est le premier pas pour la formation d’une niche de marché capitaliste à partir d’un secteur ou d’une entreprise publique. Une fois que les relations humaines sous-jacentes à l’espace à marchandiser ont pu être éclipsées, les individus se voient forcés d’assumer le rôle de clients, tandis que, le processus se formalisant, l’entreprise étatique prend l’apparence de fournisseur de services à travers la fixation de taux qui simulent les prix et leur donnent l’apparence de marchandises. Le second mouvement se concrétise avec le transfert aux mains du capital privé de l’entreprise ou du service sous prétexte d’une meilleure efficacité du privé et de l’insuffisance de fonds pour maintenir le public. La problématique des processus de marchandisation c’est qu’ils semblent permettre de faire fonctionner comme un vrai capital ces formes de capital immatériel connues comme droits sociaux. Les difficultés reposent tant sur la mesure de rentabilité d’un droit ou d’un service jusqu’alors gratuit que sur les résistances à la privatisation de la part des salariés. Les exploités pressentent que les privatisations vont avoir un rôle stratégique dans le contrôle politique et économique de toute la population. Par l’achèvement du cycle de privatisation, la crise se transformera en un phénomène permanent de conséquences sociales incertaines.
On pourrait continuer à analyser la trajectoire de l’État dans d’autres domaines comme ceux du code pénal, de la loi sur les étrangers ou de la législation environnementale, constituant dans tous les cas le processus de cémentation entre les réalités de l’État et du Capital et la transformation irréversible du modèle d’État-Providence en État-Répression.

Autónom@s Murcia